Le retour au bureau en 2025 : entre pression managériale et résistance des salariés
Depuis fin 2024, les annonces de retour au bureau se multiplient. Amazon a imposé cinq jours de présentiel à ses 300 000 salariés administratifs dès janvier 2025. Google, Apple, Ubisoft, les grandes entreprises les plus médiatisées envoient un signal clair : le flex office généralisé de l'ère post-Covid touche à sa fin.
En France, le mouvement est plus progressif mais bien réel. 76 % des salariés déclarent avoir reçu une demande explicite de retour au bureau, avec 24 % contraints de revenir à temps plein et 20 % attendus au moins trois jours par semaine.
Mais derrière ces chiffres se cache une tension profonde. Plus d'un salarié sur deux (54 %) serait prêt à démissionner si son employeur supprimait le télétravail. En cas de réduction du nombre de jours de télétravail, 52,1 % des salariés s'en accommoderaient malgré leur désaccord, mais 26,5 % chercheraient activement un autre emploi.
Le paradoxe est là, posé clairement : les entreprises veulent plus de présentiel, mais les salariés considèrent le télétravail comme un acquis non négociable. Comment sortir de cette impasse ? La réponse n'est pas dans le nombre de jours imposés mais dans la qualité de l'espace que l'on propose lorsque l'on demande aux équipes de revenir sur site.
Ce que les données disent vraiment sur présentiel et hybride
Avant de prendre position sur "combien de jours de présentiel", il est utile de regarder ce que la recherche dit réellement, sans idéologie ni effet d'annonce.
Sur la productivité : une étude McKinsey révèle que 80 % des salariés apprécient le télétravail, tandis que 41 % se déclarent plus productifs à distance. Ce chiffre mérite d'être lu dans les deux sens : 41 % se disent plus productifs chez eux, ce qui signifie que 59 % ne le sont pas, ou ne font pas de différence. La productivité dépend davantage du type de tâche et de la qualité de l'environnement de travail que du seul lieu.
Sur le flex office : le flex office a été adopté par 30 % des entreprises, mais seulement 8 % des salariés le considèrent comme idéal. Les données montrent également que 36 % des salariés sans bureau attitré ressentent un impact négatif sur leur santé. Autrement dit : le flex office est une solution de gestion immobilière, pas une réponse aux besoins des salariés.
Sur le modèle hybride : le nombre de jours télétravaillés est en baisse depuis quelques années, les salariés bénéficient aujourd'hui en moyenne de 1,9 jour de télétravail par semaine, contre 2,7 jours en 2021. Le modèle trois jours au bureau / deux jours à distance semble s'imposer comme l'équilibre de référence, à condition, précise BNP Paribas Real Estate, que les bureaux offrent à la fois des espaces de concentration et des lieux de convivialité.
La conclusion qui s'impose : ni le tout-présentiel ni le tout-distanciel ne font consensus. Ce qui fait la différence, c'est la qualité de l'expérience proposée quand les équipes sont au bureau.
Les 3 erreurs les plus fréquentes dans le retour au bureau forcé
Ces trois erreurs se retrouvent dans la majorité des entreprises qui ont imposé plus de présentiel sans résultats positifs. Elles ne sont pas anecdotiques, elles expliquent pourquoi des politiques bien intentionnées se transforment en facteur de démotivation.
Erreur 1 : imposer les jours avant d'adapter les espaces
C'est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. La direction annonce de nouvelles règles de présence, les équipes reviennent et découvrent des bureaux conçus pour 60 % de taux d'occupation qui doivent soudainement en accueillir 80 ou 90 %. Pas assez de postes, des salles de réunion saturées dès le lundi matin, un WiFi qui ralentit, une acoustique dégradée.
Le message subliminal envoyé aux équipes est dévastateur : "On vous demande de revenir, mais on n'a pas préparé votre retour." La confiance s'érode avant même que les nouvelles règles ne soient rodées.
La bonne approche : le diagnostic d'aménagement de bureaux doit précéder l'annonce des nouvelles règles de présentiel, pas la suivre. Idéalement de trois à six mois.
Erreur 2 : ne pas consulter les équipes sur la réorganisation des espaces
Deux tiers des salariés affirment ne pas avoir été consultés lors de la réorganisation de leurs espaces de travail. 36 % jugent ces changements négatifs pour la cohésion d'équipe. C'est un chiffre qui devrait alerter n'importe quel DRH ou Workplace Manager.
Un projet de transformation des espaces imposé d'en haut, sans concertation, sans enquête interne, sans implication des équipes, est perçu comme une décision purement immobilière. Il génère du ressentiment, même quand les espaces réaménagés sont objectivement meilleurs.
La bonne approche : intégrer les équipes au diagnostic. Un sondage court de cinq questions sur les irritants quotidiens suffit à recueillir les signaux essentiels , et à créer un sentiment d'appropriation du projet.
Erreur 3 : traiter le flex office comme une solution immobilière plutôt que comme une politique RH
Le flex office a souvent été déployé pour réduire les surfaces et les coûts. C'est une logique compréhensible mais quand il est présenté aux équipes comme un outil de flexibilité sans en avoir les attributs - pas de choix réel, pas d'espaces diversifiés, pas de règles claires - il génère exactement l'inverse de ce qu'il promet.
Beaucoup de salariés regrettent la perte de repères dans les bureaux partagés, avec des témoignages évocateurs : "c'est impersonnel, on a l'impression d'être du bétail dans une étable." Ce n'est pas une critique du flex office en tant que tel, c'est une critique du flex office mal conçu, mal communiqué, et mal aménagé.
La bonne approche : si le flex office est maintenu ou renforcé dans le cadre d'une hausse du présentiel, il doit s'accompagner d'une diversification réelle des espaces de travail (zones de concentration, zones de collaboration, espaces informels) et de règles d'usage claires et partagées.
La vraie question n'est pas "combien de jours ?" mais "dans quel espace ?"
C'est le changement de perspective que les entreprises les plus avancées sur ces sujets ont opéré. La question du nombre de jours de présentiel est une question de politique RH. La question de la qualité de l'espace est une question de performance et de rétention.
Ce que les collaborateurs appellent de leurs vœux, ce sont des changements structurels durables : 33 % souhaitent des journées plus flexibles et 28 % des horaires aménagés. Ces aspirations ne sont pas incompatibles avec plus de présentiel, à condition que le bureau offre une expérience que le domicile ne peut pas proposer.
Un bureau qui justifie le déplacement, c'est un bureau qui offre : de la connexion avec les collègues (ce que le domicile ne permet pas), des équipements performants (ce que tout le monde n'a pas chez soi), des espaces adaptés à chaque type de travail (concentration, collaboration, décompression), et une atmosphère qui nourrit l'appartenance à l'entreprise.
Un salarié qui revient au bureau et y trouve mieux qu'à la maison ne revendique pas de jours de télétravail supplémentaires. Il revient de lui-même.
Ce qu'il faut mettre en place avant d'augmenter le présentiel
C'est la check-list que chaque DRH et Workplace Manager devrait avoir sous la main avant d'annoncer de nouvelles règles de présence.
1. Auditer le taux d'occupation réel des espaces. Pas le taux théorique calculé sur les badges d'accès, mais le taux réel mesuré par des capteurs ou des outils de réservation. C'est le point de départ de tout diagnostic sérieux.
2. Identifier les irritants déclarés par les équipes. Un sondage interne court (cinq questions maximum) permet de cartographier les problèmes prioritaires : bruit, manque de postes, salles insuffisantes, équipements défaillants, absence d'espaces informels.
3. Projeter les scénarios de montée en charge. Si le taux de présence passe de 60 % à 80 %, combien de personnes supplémentaires cela représente-t-il les jours de pointe ? Les lundis et jeudis sont systématiquement les jours les plus chargés en mode hybride, c'est sur ces pics qu'il faut dimensionner les espaces.
4. Prioriser les six chantiers d'aménagement. Acoustique, salles de réunion, postes de travail, flux et signalétique, équipements, espaces informels, ces six leviers sont interdépendants et doivent être traités dans le bon ordre selon l'urgence. Notre guide complet détaille chacun de ces chantiers : Aménagement de bureaux : quels travaux prévoir face à la hausse du taux d'occupation ?
5. Aligner le calendrier RH et le calendrier travaux. C'est le point le plus sous-estimé. Les nouvelles règles de présentiel ne doivent pas être annoncées avant que les espaces soient prêts, ou a minima avant que les travaux prioritaires soient engagés.
Flex office et hausse du présentiel : ce que Bluedigo recommande
Il n'existe pas de modèle universel. Certaines entreprises ont de bonnes raisons d'augmenter le présentiel (renforcer la culture, accélérer la collaboration, mieux intégrer les nouveaux arrivants). D'autres auraient intérêt à travailler d'abord la qualité de leur espace avant de toucher au nombre de jours.
Ce que Bluedigo observe sur le terrain : les entreprises qui réussissent leur retour au bureau ne sont pas celles qui ont imposé le plus de jours. Ce sont celles qui ont investi dans des espaces qui donnent envie de venir.
Chez Bluedigo, nous accompagnons les entreprises dans la transformation de leurs espaces de travail, du diagnostic initial jusqu'à l'installation du mobilier circulaire, pour que la hausse du taux de présence soit vécue comme une opportunité par les équipes, pas comme une contrainte.
Sources : Étude Pulse / Owl Labs (2025), Observatoire du télétravail Ugict-CGT (2025), Linking Talents / SFR Business (2025), McKinsey & Company -APEC (2024), BNP Paribas Real Estate (2026), OpinionWay (2024), Steelcase.
Questions fréquentes sur le flex office et le retour au bureau
Le flex office est-il compatible avec une hausse du présentiel ? Oui, mais à condition d'adapter simultanément les espaces et les règles d'usage. Un flex office conçu pour 60 % de taux d'occupation ne fonctionne plus à 80 % sans ajustements. Il faut revoir le ratio postes/collaborateurs, diversifier les typologies d'espaces, et formaliser les règles de réservation des bureaux partagés.
Combien de jours de présentiel est-il raisonnable d'imposer en 2025 ? Le modèle trois jours au bureau et deux jours en télétravail s'impose progressivement comme l'équilibre de référence en France, selon BNP Paribas Real Estate. Mais le bon nombre de jours dépend avant tout de la qualité de l'espace proposé : un bureau attractif et bien aménagé justifie plus de présence qu'un open space bruyant et sous-équipé.
Que risque une entreprise qui impose le retour au bureau sans adapter ses espaces ? Le turnover d'abord : la probabilité de départ est significativement plus élevée dans les entreprises qui imposent le présentiel sans contrepartie. Le désengagement ensuite : des équipes contraintes de revenir dans un environnement dégradé produisent moins et se désengagent progressivement. Le coût cumulé (remplacement d'un salarié, perte de productivité, absentéisme) dépasse largement le budget d'un projet d'aménagement bien conduit.
Comment impliquer les équipes dans un projet de réaménagement de bureaux ? Un sondage interne court (cinq questions sur les irritants quotidiens) suffit à recueillir les signaux essentiels et à créer un sentiment d'appropriation. Les questions clés : quels sont vos principaux irritants au bureau ? Quel type d'espace vous manque le plus ? Qu'est-ce qui vous donnerait plus envie de venir ?
Le télétravail va-t-il vraiment reculer en France ? Le nombre de jours télétravaillés est en légère baisse, 1,9 jour par semaine en moyenne en 2025, contre 2,7 en 2021. Mais la fin du télétravail n'est pas à l'ordre du jour : plus de la moitié des cadres ne postuleraient pas à une offre sans flexibilité. L'avenir est au modèle hybride cadré, avec des accords plus précis sur le nombre de jours et des espaces de travail adaptés aux deux modes.
Pourquoi le flex office est-il mal vécu par une partie des salariés ? Parce qu'il a souvent été déployé comme un outil de réduction des coûts immobiliers, sans concertation avec les équipes et sans diversification réelle des espaces. Deux tiers des salariés déclarent ne pas avoir été consultés lors de la réorganisation de leurs espaces. Le flex office fonctionne quand il est accompagné d'espaces de qualité, de règles claires et d'une communication transparente sur ses objectifs.
